DE TOUTES MES FORCES
- 5 mai 2017
- 2 min de lecture

De toutes mes forces
© AD VITAM
Nassim, lycéen en classe de première économique et sociale, mène une vie qui rompt avec les étiquettes. En effet, s'il est scolarisé dans un lycée parisien privilégié, où la majorité des élèves provient d'un milieu très favorisé, il a, pour sa part, été élevé exclusivement par sa mère qui, après avoir mené une vie de labeur, descend chaque jour un peu plus au cœur de l'enfer, en ingurgitant un nombre conséquent de médicaments. Le jour où elle décède, il est placé en foyer, par la protection de l'enfance, en banlieue parisienne. S'il confie, avec empressement et un semblant de détachement la funeste nouvelle à ses amis du lycée, il leur dissimule, en revanche, son nouveau lieu de vie en déclarant qu'il demeure chez son oncle, dans un spacieux appartement, à Boulogne-Billancourt. L'on assiste alors, tantôt avec compassion, sinon révolte, tantôt avec humour, au destin de ce jeune homme qui se contraint à être antinomique tant pour éviter l'exclusion du milieu bourgeois qu'il fréquente que pour subsister au sein d'un milieu défavorisé, nourri de violence, dans lequel il se trouve esseulé. Néanmoins, le jour où son stratagème échoue, éclate enfin sa douleur contenue depuis si longtemps, laquelle apparaît d'ailleurs comme le plus pénétrant tourment de son âme dont il ne se débarrassera jamais véritablement. Ce moment de semi-délivrance lui permet, par la suite, de concilier plus aisément, peu à peu, ces deux milieux sans jamais véritablement le révéler à lui-même, cependant. Les figures féminines rencontrées ont également leur importance - notamment Madame Cousin, interprétée avec brio par Yolande Moreau, qui resplendit à la fois de bienveillance et de fermeté, telle une mère retrouvée, malheureusement éphémère.
Récompensé, au sein du Palmarès Fictions, par le Prix de la Critique et le Prix des Etudiants du Festival de Valenciennes 2017, outre le Prix d'Interprétation Masculine attribué à Khaled Alouach qui excelle dans ce premier rôle en tant qu'acteur, ce second long-métrage, largement inspiré d'une partie de la vie du réalisateur, est le récit d'une meurtrissure intime, exhalant une mélancolie, toutefois égalée par une rage intense et fiévreuse, où la question de l'identité est omniprésente - encore plus que chez tout autre adolescent étant entendu qu'elle est déployée sur un fond sociologique discordant. La scène finale constitue un appel déchirant à la mère et, dans le même temps, la promesse que rien ne l'effacera jamais de la mémoire du fils - en harmonie avec l'extrait musical saisissant, intitulé Lone, de Thylacine.
« Amour de nos mères, à nul autre pareil. » disait Albert Cohen. ★★★☆☆
De toutes mes forces – réalisé par Chad Chenouga – 1h38min – Version originale en français - sortie officielle le 3 mai 2017.
Bande-annonce officielle :
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